Atelier du 8 janvier 2019 “Nouvelle”

NOUVELLE

Le mot échappé du jour, en fait un homonyme, selon les trois formes ci-dessous :

. Seller : action de mettre une selle sur un animal de monte –

. Sceller : fermer – apposer un sceau –

. Celer : taire – cacher –

A – Définition –

Moyen Âge, ce genre littéraire était alors proche du roman et d’inspiration réaliste, se distinguant peu du conte. À partir du XIXe siècle, les auteurs ont progressivement développé d’autres possibilités du genre, en s’appuyant sur la concentration de l’histoire pour renforcer l’effet de celle-ci sur le lecteur, par exemple par une chute surprenante. Les thèmes se sont également élargis : la nouvelle est devenue une forme privilégiée de la littérature fantastique, policière, et de science-fiction.

B – Une image commune va nous amener à écrire sous forme de petite nouvelle, selon les règles définies en A.

Y figurent deux personnages. Qui sont-ils ? Vont-ils se parler, se rapprocher ? Ont-ils une histoire commune ?

Quelle ambiance vous inspire le lieu représenté ?

Contrainte : ne pas introduire de personnage supplémentaire.

Texte de Claire : L’ ATTENTE –1

Dans leur maison cossue, le tic-tac de la Comtoise égrène le temps qui

passe. De longues heures d’attente ! Presque quatorze heures quand elle

entend le son de ses bottes.

Rongée par la colère, elle ne sait quelle attitude adopter. La bienséance

voudrait qu’elle garde son calme malgré le bouillonnement qui résonne en elle…

Tournant la tête vers son mari, elle se trouve tout à coup sidérée !

Lui si fier, si sûr de lui, la regarde dans une posture chargée d’humilité. Il se

tient bras ballants, tête légèrement inclinée, le regard penaud. Subitement

elle le voit comme un enfant implorant le pardon d’une quelconque faute.

“çà ne lui ressemble pas” se dit-elle !

Aucun mot n’est échangé. Chacun reste dans une attitude d’attente.

Toujours le tic-tac immuable donnant une atmosphère oppressante.

“Va-t-il enfin dire quelque chose ?”… Encore de longues secondes où aucun

ne cille. N’y tenant plus, elle s’adresse à lui d’une petite voix très douce

craignant de le faire sursauter.

Tic-tac, tic-tac… Un borborygme sort de sa bouche. Inaudible. Un léger

raclement de gorge… Tic-tac, tic-tac…

“Désolé pour mon retard”, regard fixé sur le dallage.

Ces quelques mots la laissent totalement abasourdie. Elle n’est pas

habituée à ce genre de réponse. L’homme doit être fort, maître de ses

émotions.

“Je commençais effectivement à m’inquiéter”

“Bien involontaire de ma part”

“Rien de grave au moins ?” s’entend-elle lui dire d’un ton chargé d’anxiété.

Tic-tac, tic-tac… Toujours ce rythme lancinant entamant ses nerfs.

“C’est que vois-tu”…

Tic-tac, tic-tac… Il a perdu toute sa superbe…

“En voulant m’activer j’ai fait une fausse manœuvre“…

“Un accident ?”

“Si on peut dire”. Tic-tac, tic-tac…

“Mais quoi ? Explique toi !”

“Et bien voilà : j’ai écrasé”… Il est aussitôt interrompu par un râle qui sort du

tréfonds de sa gorge à la pensée de la catastrophe… Elle est sur le point de

défaillir… Il se précipite vers elle.

…”Le chat d’Émilie”. Lourd silence.

Yeux écarquillés, elle part dans un grand éclat de rire nerveux.

Texte de Marie-Christine :

Dans le manoir de Sallsbury plus rien n’était comme avant. Depuis un mois il n’y avait plus d’occupants. Le comte et la comtesse de Windtry y avaient été assassinés.

George, leur fils  unique, était occupé à tout débarrasser. Il semblait pressé. Sans regrets.

 Dans l’entrée, agacé, il se retrouva nez à nez avec Josepha.

Ses parents l’employaient comme dame de compagnie depuis des années.

 – Qui vous a dit d’entrer ? lui cria George à la volée

– La porte était ouverte et ça m’a intriguée, répondit Josepha

– Je vous prie de sortir, rétorqua le fils de feus ses appréciés employeurs.

Josepha n’avait que rarement vu le fils de la famille. Depuis 15 ans il n’était plus en bons termes avec ses parents.

 Dans le comté il se disait  qu’il était du genre plutôt intéressé. 

Le manoir était complètement vide. Seule trônait dans l’entrée la pendule. Aiguilles bloquées.

Josepha s’apprêtait à faire demi-tour lorsqu’un fourgon bleu marine pénétra dans la cour.

Le temps de réaliser ce qui se passait, et alors qu’elle franchissait les grilles, elle vit Georges, à l’arrière du véhicule.

Visage tourné vers elle. Il était menotté.

Au flash info de 17 heures elle apprit que, par son ADN, il avait été trahi.

Texte de Danièle : Dans un vieux manoir –

  • Ludovic, déjà debout et chaussé ?

  • -oui, Adeline, je sors

  • -y a-t-il quelque chose qui te contrarie ?

  • -oui, mais je ne souhaite pas en parler maintenant.

8 h sonnait à la vieille pendule.

Adeline décida de boire du thé et de se faire quelques œufs brouillés ;

Son mariage avec Ludovic remontait à 8 jours ; ils avaient décidé de passer une semaine dans un vieux manoir au fin fond de l’Écosse, une pluie fine tombait sans cesse sur la Lande ; les bourrasques de vent évoquaient des loups hurlants.

Bien emmitouflés ils sortaient tous les jours faire de grandes marches puis se réfugiaient devant le feu de bois ; selon la coutume du pays ils buvaient du thé 5 ou 6 fois par jour avec des scones bien sur et le soir dégustaient un whisky bien tourbé.

Ludovic n’était pas d’un naturel très causeur, il avait quelques soucis professionnels et familiaux, une grand-mère à l’article de la mort mais il s’était montré séducteur, enjoué ces derniers jours.

Pourquoi ce brusque départ ?

Le téléphone sonna… Personne au bout du fil.

Un grand bruit la fit sursauter, une énorme branche du cèdre, devant la maison, venait de se casser. Il s’en est fallu de peu qu’elle n’écrase la véranda !

Adeline commençait à sentir des angoisses monter en elle ; mais où diable, était il parti ? Allait il revenir ? Et si au prochain coup de vent si le cèdre écrasait la maison, et elle avec ?

De nouveau la sonnerie retentit… Haletante, elle s’approcha du téléphone. Personne.

Était ce lui ? Ou un voleur ? Ou un maniaque fou ?

Un gémissement se fit entendre au premier. Une maison hantée, mais quand Ludovic était là, point de fantômes pourtant !

Hypersensible, mais d’un naturel plutôt rationnel, elle essayait de ne pas céder à la panique qui la gagnait. Des petits pas sur le plancher… on courrait là haut ! Peut être des loirs ?

La tempête au dehors ne se calmait pas, elle prit un livre mais impossible de se concentrer… et tout à coup, panne d’électricité.

Me voilà coupée du monde !

Plus de musique ; de télé il n’y en avait point mais une musique jazzy ou une sonate de Bach l’aurait apaisé.

Et soudain, un bruit de galop ; Ludovic arrivait, tenant 2 chevaux de course magnifiques, robe brune, allure royale…Il savait que dans sa jeunesse, elle était une brillante cavalière et il lui avait fait la plus belle des surprises GALOPER DANS LA TEMPÊTE ! QUELLE DÉLICIEUSE FOLIE !

Texte de Monique : SURPRISE –

Son arrivée me surprit.
Je m’étais habituée à son absence .
Levée de bonne heure, vite habillée, petit déjeuner sur le pouce, la litanie du matin
était pour moi toujours la même.
Je n’aimais pas rester seule à la maison, l’atmosphère était triste, le décor vieillot.
La pendule de l’entrée égrainait mélancoliquement les heures, je les égrenais avec elle.
Lorsqu’il était là, si gentil, si prévenant, il savait me faire oublier le temps passé entre ces murs. Nous nous aimions et peu importait le reste.
Moi, je rêvais de soleil, de nature. Mon cœur vibrait dans la lumière.Il avait fallu pourtant que je me résigne après le mariage.
La maison de mes rêves ce n’était pas pour tout de suite !

Lui, faisait tout ce qu’il pouvait pour m’aider.
Je relevais de maladie, je devais me préserver, il le savait et le comprenait.
Je ne travaillais pas. Il rentrait tard, je l’attendais avec impatience, essayant de rendre ce lieu plus confortable.
J’allais de mieux en mieux, mon cœur s’était assagi et bientôt je pourrai songer à donner la vie !

C’était notre plus cher désir !

Il était fils unique, voulait des enfants.
Mon opération m’avait rendue craintive. Je devais attendre encore un peu.
Un matin de printemps il me prit par la main. Nous étions dans la chambre.
Le jour dansait à travers les persiennes, je ne m’attendais pas à ce qu’il allait m’apprendre !

-Chérie, me dit il d’une voix douce, je dois te laisser quelques mois. Je dois aller

à l’étranger pour le boulot. C’est peut être la chance de ma vie ! 

Il partit quelques jours plus tard, je compris que c’était important pour nous !

Pendant son absence je ferai quelques aménagements à la maison, il serait content

à son retour. Un matin, cependant, j’eus un petit malaise, je le mis sur le compte du stress.

Le printemps pointait le bout de son nez et chaque après midi je prenais le chemin des vignes jusqu’à la colline au- dessus du village ; de là, je voyais la mer, je respirais à pleins poumons. Puis je revenais à petit pas sous le soleil qui réchauffait mon corps.
Ainsi le temps passait plus vite.

Lui, ne devait revenir qu’à l’automne, quand les vendanges battraient leur plein.
J’aimais cette saison, ses essences, ses couleurs, le raisin gorgé de soleil, promesse

d’une bonne récolte.

J’aimais mon pays mais lui, je l’aimais davantage !

Le petit malaise du matin s’était amplifié, j’étais allée consulter : j’étais enceinte !

Il allait être fou de bonheur !

Septembre s’achevait et moi j’étais en pleine forme. Son arrivée me surprit.
Il avait sur les lèvres un sourire d’enfant, comme gêné d’arriver plus tôt que prévu,

Il s’était laissé pousser la barbe, il était adorable.

Je sentais que tout allait bien, il me regardait avec dans les yeux une extrême douceur et tout l’amour du monde !

Mes mains caressaient mon ventre arrondi.
Il s’en aperçut, je lui souris.

Texte de Simone : BESOIN d’AVENTURE

L’automne est déjà installé. Ce moment passé dans son jardin était agréable mais le Cers glacial qui souffle depuis bientôt quinze jours l’a poussée à regagner la maison  pour  se réchauffer près de la cheminée. Surprise de trouver Sylvain dans le salon, elle oublie le froid, veut le rejoindre, mais son attitude l’arrête. Air  emprunté, il semble gêné dans sa tenue de cavalier. L’horloge sonne, je ne me suis jamais habituée à ce carillon aigrelet et lugubre se dit-elle.

Sylvain, tendu, les mains ballantes, la tête penchée comme s’il avait un torticolis. Air plus ironique que gêné finalement. Que manigance-t-il ? On dirait un petit garçon qui vient de faire une grosse bêtise. Il ne semble pas décidé à parler, elle non plus. L’atmosphère commence à être lourde.

Elle se lance enfin ;

–  Que fais-tu là ? Je croyais que tu avais des rendez-vous, que se passe-t-il ?

–  Lui, goguenard,  lui dit tout de go :

– J’ai annulé tous mes rendez-vous, ceux d’aujourd’hui, ceux de la semaine prochaine. Ras le bol de cette vie sans surprise, sans éclat. J’ai besoin d’autre chose, j’ai décidé de prendre du recul.

–   Mais que veux-tu dire ?  s’écrie-t-elle.

–  Eh bien, ces bourges, leurs enfants, leurs petits enfants qui fréquentent le centre équestre depuis des lustres, je ne les supporte plus. Tu sais que j’ai toujours rêvé d’aventure. Papa m’a pratiquement obligé à prendre en charge le haras comme il avait, lui-même, succédé à son père. Je n’ai pas envie de continuer. J’aime les chevaux, ceux qui les montent m’exaspèrent.

–   Mais Sylvain comment faire ?  On ne peut pas prendre une décision sans y réfléchir.

–    Eh bien, cette décision est le résultat de nombreuses méditations. Je suis persuadé que tu sauras te débrouiller sans moi. Je laisse tout tomber, je viens de voir Julie pour annuler notre mariage.

Demain je pars en Guyane.

Atelier du 8 janvier 2019 –

C – Chacun prend une phrase de 6 MOTS maximum dans son texte et la note sur un papillon. Ce papillon sera tiré au sort lors de l’écriture d’une autre petite nouvelle dont le titre sera : « moins coupable que la pendule… »

Ces 8 bribes à inclure par tirage sont :

. leur trajectoire devenait dérisoire

. bien évidemment c’était son heure

. ainsi le temps passait plus vite

. un petit garçon, que manigancera-t-il ?

. il était menotté

. galoper dans la tempête, quelle folie !

. elle voit son ami, l’air triste

. chacun reste dans une attitude d’attente

Par Claire : MOINS COUPABLE QUE LA PENDULE –

L’attente été longue depuis qu’il avait été amené en garde à vue. On voulait lui faire avouer l’inavouable ! Il n’avait rien à se reprocher et était bien déterminé à le leur faire comprendre.

L’esprit tranquille, bien calé sur sa chaise il les regardait faire d’un air presque goguenard. Leur trajectoire devenait dérisoire à ses yeux !

Ces deux inspecteurs essayaient de se montrer intraitables. De l’accabler. Croyant que bien évidemment son heure serait rapidement réglée !

Mais ils n’étaient pas au bout de leur peine. Ils allaient se rendre compte que tous leurs subterfuges, leurs pseudos preuves ne l’ébranleraient pas aussi facilement ! Sa mère lui avait toujours dit : “Mon fils quand tu n’as pas tort, il faut savoir te défendre et ne pas en découdre”.

C’est ce qu’il envisageait ardemment d’appliquer, pensant qu’ainsi le temps à être “cuisiné” serait moins pénible.

“Le méchant” le harcelait sans répit à coups d’accusations accompagnées de gestes menaçants. “Le gentil” voulait faire croire qu’il compatissait pour mieux l’amadouer. Tous deux jouaient au “yoyo”.

Cet acharnement, insidieusement, commençait à entamer ses nerfs. Il oscillait quant à l’attitude à adopter.

Soudain, changement de rythme. On lui propose à boire, lui demandant même s’il a faim !… Il a l’impression de retomber en enfance, il se voit tel un petit garçon que l’on accuse de manigances. Il refuse tout, ne veut pas entrer dans leur jeu, leur laisser croire qu’il allait être impressionné, dominé ! Il était menotté mais cela lui importait peu. Au contraire c’était un frein à l’envie qu’il avait de leur sauter dessus ! Cela faisait des heures que leur manège était bien rodé ! C’était décidé, il allait garder le silence !

Pour cela il se raccrochait à des images comme galoper dans la tempête, quelle folie ! Dans son échappatoire il se faisait des films lui servant de bouclier contre la charge des deux hommes.

Conscience ou semi-conscience ? Il ne savait plus. Rêve ou réalité ? Il flottait mentalement imaginant qu’elle est là… Devant lui… Elle voit son ami, l’air triste

Dans un sursaut il efface ce tableau furtif… Retrouver sa lucidité… Ne pas céder… Cinq heures sans répit… Chacun reste dans une attitude d’attente ! D’attente de quoi ?… D’aveux ?… Ils n’en auront aucun ! Il n’est coupable de rien !

Et certainement “moins coupable que la pendule” bloquée à la mauvaise heure sur les lieux du crime !…

Par Marie-Christine : MOINS COUPABLE QUE LA PENDULE –

Dans le manoir tout le monde et tous les objets étaient suspects. LEURS TRAJECTOIRES DEVENAIENT DÉRISOIRES. Tout dépendait désormais de leurs interrogatoires. Personne n’en menait large. Ni le buffet, ni le lit, ni le cuisinier. En ce moment était interrogé le jardinier. Quatorze heures C’ÉTAIT SON HEURE privilégiée. Mais là, il la détestait. En ce moment passait, pile poil, à la télé, son feuilleton préféré. En attendant la fin de la journée chacun s’occupait comme il pouvait. AINSI LE TEMPS PASSAIT PLUS VITE. Des questions les taraudaient. Qui avait merdé ? Qui allait être jugé ? Condamné ? Voire incarcéré. Dans le manoir le temps s’était figé. Aussi quand en fin d’après-midi ils entendirent des gémissements dans l’entrée, ils s’y précipitèrent. Un peu troublés. Quelque peu intrigués. Quelqu’un, assis, leur tournait le dos. UN PETIT GARÇON : QUE MANIGANCAIT-il ? Avait-il été interrogé ? En tout cas IL ÉTAIT MENOTTE. La table, le tapis, le gardien et même le chien étaient interloqués. Mais pas trop perturbés. A ce stade ils se sentaient moins coupables que la pendule. Pour tuer le temps chacun rêvassait ou autre. Le buffet se voyait GALOPER DANS LA TEMPÊTE. QUELLE FOLIE ! L’armoire, elle, pleurait à chaudes larmes. ELLE VOYAIT SON AMI L’AIR TRISTE. Le tiroir du haut, en effet, déprimait. Il était traumatisé d’avoir été suspecté. Après tant d’heures à gamberger, se soupçonner, se questionner CHACUN RESTAIT DANS UNE ATTITUDE D’ATTENTE. Dans les jardins du manoir, un rosier avait été décapité. Il était grand temps, enfin, d’en connaître le meurtrier.

 

Atelier du 8 janvier 2019