Atelier du 11 décembre 2018 “Écrire sur les murs”

ÉCRIRE SUR LES MURS

1.

Qu’est-ce qu’un “tag”? En anglais, cela signifie “étiquette”. Et ce n’est pas anodin : le tag est un mot (lettrage), en général le pseudonyme de la personne qui l’écrit. Et le taggeur étiquette donc son pseudonyme partout et n’importe quand, à la poursuite d’un but unique : être identifié le plus possible, et donc sévir dans un maximum d’endroits. Clairement, signature récurrente rime avec performance. Les tags ne sont pas élaborés ; ils sont fait rapidement à la bombe, ou au marqueur (type “posca”). S’il y a de réels experts, tout un chacun peut s’improviser taggeur. Le tag est une activité plutôt nocturne.

2.

Le graffiti n’a rien à voir. Le graffiti est une forme d’art contemporain et, en aucun cas, l’artiste peintre graffiteur ne doit être assimilé à n’importe quel taggeur improvisé. Avec le graffiti, la perspective quantitative de récurrence disparaît ; il est question d’esthétique. Le graffiti ne représente pas nécessairement un lettrage ; il peut s’agir d’un dessin. Le graffiteur utilise avec brio des bombes de peintures dont les couleurs sont souvent vives. Le graffiti est une discipline née aux Etats-Unis et est partie intégrante du mouvement Hip Hop, au même titre que le rap ou le breakdance.

3. GRÈCE ( mur île des Cyclades)

4. ÉGYPTE

Fragment d’inscription gravée en hiéroglyphes soignés.
25e – 26e dynastie, 715 – 525 avant J.-C.
calcaire – provient d’un mur de chapelle de tombeau  (Musée du Louvre).

5 . POMPÉI

On peut encore lire des graffiti âgés de deux millénaires à Pompéi, car c’est l’un des rares sites qui soit suffisamment bien conservé. En effet, les graffiti sont par essence éphémères et disparaissent, soit parce que leur support a disparu, soit parce qu’ils ont été effacés délibérément ou qu’ils ont été victimes de l’érosion naturelle de leur support.

D’assez nombreuses inscriptions peintes nous permettent de saisir le déroulement des campagnes politiques donnant même l’impression d’une véritable fièvre électorale. Les inscriptions électorales comportent le nom du candidat, suivi de la magistrature à laquelle il prétend (édilité, duumvirat…) et de la mention de ses soutiens. Certaines de ces inscriptions pouvaient être parodiques et émaner de concurrents, comme celle-ci :

MARCUM CERRINIUM VATIAM AEDILEM ORO UOS FACIATIS; SERIBIBI UNIVERSI ROG(ANT),
« Élisez, s’il vous plaît, Marcus Cerrinius Vatia comme édile. Tous ceux qui boivent la nuit le demandent ! » (CIL IV, 49).

Outre les annonces électorales, les murs portaient de nombreuses autres mentions écrites de nature plus ou moins publique. Les annonces de spectacles témoignent de l’importance de ces activités pour la cité, mais aussi du désir des évergètes de voir leur action reconnue. Les murs de Pompéi étaient aussi le lieu d’expressions plus personnelles, du portrait croqué rapidement jusqu’aux inscriptions au texte explicitement sexuel, en passant par les attaques personnelles, les petites annonces, etc…

LES MOTS CAPTURÉS du jour :

. MAGNIFICENCE : qualité de ce qui est magnifique ou du domaine du faste, de l’éclat, de l’apparat.

Ne pas confondre avec

. MUNIFICENCE : grandeur dans la générosité, largesse, libéralité, prodigalité. Contraire d’ avarice, mesquinerie.

A – D’après les images en votre possession : écriture courte.

 

.A1 imaginer quelle phrase vous souhaitez écrire sur ce ou ces murs

puis

. A2 composer un petit texte ou poème de 5 lignes maximum afin de développer.

Par Marie-Christine :

A1 – Tag = Ile à l’abandon. Poil au menton.

A2 – Je suis le dernier îlien

Et je pars ce matin…

Je quitte Radizor

Autrefois un trésor…

Aujourd’hui Radizor est bien mort.

Par Sylviane :

Image ci-dessus ayant suscité l’écriture de Sylviane :

.A1- L’horizon attendra ma pomme.

Et

.A2- Entre mer et ciel

dans la lumière dorée,

attendre, ne pas envahir l’horizon.
Pomme,

rester pomme à mûrir.

B – DIALOGUE entre deux murs ( inspirez-vous ou non des images).

Écriture de moyenne durée.

                  

Par Marie-Christine :

Le mur taggé est en train de rêver….

– Dis donc toi, t’es le mur de quoi ?

– Je ne te répondrai pas, ça ne te regarde pas.

– Oh ! la… t’es pas très sympa….

– Eh toi l’abandonné, fiche moi la paix….

Le mur taggé est  la fois vexé et intrigué. Il se demande pourquoi, ce mur-là , ne veut pas lui causer. Il remet le couvert.

– Coucou ! C’est encore moi. C’est quoi sur ton dos ? Des instruments ?

– Lâche moi la grappe ou je t’en mets une entre les dents….

– Comment ça ? T’as, en plus, des bras ?

– Bon.. Maintenant ça suffit. Pose-toi une seule question.

Pourquoi es tu à l’abandon ? Avec du poil au menton….

Sais-tu que tu n’es pas en train de rêver ?

Que tu es en pleine réalité…. Je te fais face depuis l’ilot d’à-côté…

Moi vois-tu je suis peinturluré de frais….

Et toi, incessamment sous peu, tu vas vraiment crever…

Par Sylviane :

      

– Souviens-toi de Hong-Kong, de ses ruelles sombres. Souviens-toi des buildings à fleur de ciel, mornes. Pas d’espace, ni au sol, ni tout là-haut ; la réalité du vivre n’était que dans les silhouettes, avec les couleurs, les odeurs, le manque de verdure.

Souviens-toi du port immense, sans âme, du gris à perte d’eau. Et de ce constant bavardage de la ville affairée. Ici, petite pomme, l’horizon t’appartient. Gorgée de soleil, tu te dores en contemplant la mer.

– Je me rappelle tout. Tout. À ton contact, dans la chaleur méditerranéenne, je me suis redressé. Stable, chaulé chaque printemps, je m’épanouis. L’horizon semble mien, je le frôle jour et nuit, séduit par le ciel, ses bleus en cascade. Dans le voyage de ses rares nuages j’ai retrouvé mon âme.

– Rien ne te manque d’autrefois ? L’agitation, les bruits, les néons, les drapeaux multicolores dansant au vent ? Et les typhons – souviens-toi de leurs fureurs – déchaînés contre toi, le mur ?

– Aucun regret. Cette vitesse de chaque instant me minait. Pétri de lumière, devenu grosse pomme, je veux rester sur la paresse des terrasses.

C – LIPOGRAMME – Imaginer un texte ayant pour titre : « Murmures de murs ».
Contrainte : écrire sans les lettres O et N.

Par Marie-Christine : MURMURES DE MURS –

Puisque le mur murmure, je me terre. Et me tais. La fureur m’habite. Je m’y fais.

Le mur murmure. Ses amis aussi. Le mur murmure. Au pluriel.

Face à eux  chui taiseux. Je me cache. Parler à des murs ? Ah ! ça… jamais.

 Je préfère rester muet. Il me reste le papier. Et ma plume. Acérée.

 J’écris que la fureur m’habite. A cause de ce mur qui murmure.

Il murmure au pluriel. Je le crie. Je le hurle.

Très très haut. Je veux faire taire ces murs.

A jamais.

Par Sylviane : MURMURES DE MURS –

Mur dressé, mur qui dissimule, qui révèle, tu appelles, tu parles, tu susurres. Tu vas crier peut-être ? Avec le Cers, avec l’astre là-haut, avec mille merveilles jamais révélées, tu dis, tu expliques la vie, le temps, leurs multiples passages, leurs erreurs, leurs arrêts aussi. Et la beauté des fleurs sauvages…

Tu hais les murs en plastique, artificiels. Car tu es pierre (« et sur cette pierre »…), car tu es marque des ailleurs.

Murmures. La ville s’éveille, pâle. L’aube la caresse, s’empare de ses hauteurs, de ses rues.

Alors, murmures de murs.

Atelier du 11 décembre 2018