Atelier du 13 mars 2018 « On s’interroge »

ON S’INTERROGE…

Atelier : le but ce cette séance est de travailler individuellement avec beaucoup d’éléments communs. Pour ce faire :

A – Distribution de feuilles comportant chacune 5 images en couleur. D’après ces images, chaque écrivant doit choisir et noter :

. un personnage principal

. un lieu

. une ambiance

. une interrogation

Par choix antérieur, nous prenons en commun toutes les interrogations. Ce sont :

  • Comment recréer la couleur ?

  • Combien vais-je en manger ?

  • Comment sauver notre planète ?

  • Faut-il y aller ?

  • Où suis-je ?

  • D’où vient cette mélodie ?

  • Pourrais-je me perdre dans l’Alfama ?

  • Pourquoi tant d’interdits ?

  • Est-ce réel ?

  • Mais qu’est-ce qui brille comme ça ?

Suite de la séance :

Il est demandé de concocter un texte ayant pour but de rependre chaque interrogation, certaines à l’état initial, d’autres comportant une réponse. Mais elles sont la base de notre écriture.

En outre, revenant à la feuille illustrée, insérer dans ce texte le personnage choisi, l’ambiance, le lieu.

Toute fantaisie étant bienvenue…

Illustrations et texte de MYRIAM     

Dés le passage du petit bassin, j’ai compris que je ne pourrais plus rester poisson dans mon bocal de mère et aussi, qu’au contact de l’air, toute ma sagesse se dissoudrait. J’aurais neuf mois pour conserver la connaissance puis… pfuit ! Tout serait à refaire.

Je pénétrais une nouvelle réalité, faite de pesanteurs et de néons braqués sur l’évènement que j’étais. Cruelle lumière. Immédiatement manipulé, retourné, enveloppé, mesuré, étreint, quel est ce corps si gourd, si gauche ? Je regarde vers l’en dedans, vers la grande connaissance, là où toutes les libertés d’être cohabitent : l’animal, l’humain, le génie, l’homme, la femme, l’enfant, le vieillard, où personne n’est le double ou la moitié de, où les interdits n’ont pas lieu.

Deux montagnes s’avancent vers moi parfaitement galbées, on pose ma lourde tête à coté, comme une troisième montagne. J’aperçois un sommet plus foncé dans une blancheur laiteuse. On hisse ma tête dessus comme pour coiffer la montagne. Vais-je en manger ? Comment en manger ?– Nouvelles sensations de bouche pleine. Ingurgitation. Régurgitation. Me voici tube digestif. La connaissance commence à s’écouler dans une mélodie nouvelle faite de gargouillis et borborygmes et de fuites d’évier. Est ce réel ? Suis-je devenu ver de l’air ? Suis-je encore capable de me transporter dans tout lieu de l’univers, depuis le gaz d’Orion jusque au fin fond de l’Alfama ? Mon nouvel habitacle est bien étroit. Et cet aquarium de plexiglas qui me contient n’a rien du panier d’osier dans lequel voguait Moise quand il avait ma taille. Comment leur dire d’arrêter de faire des aquariums en plastique, que la terre n’en veut pas ? Je réfléchis déjà au premier dessin que je ferai : je prendrai des craies d’art et leur montrerai l’arc en ciel de manière à recréer toutes les couleurs que me nouveaux yeux ne voient plus.

Illustrations et texte de Marie-Christine :

Je connais le quartier par cœur… Je sais ce que j’ai à faire. Jamais je ne me demande « où suis-je » ? Ni ce que j’ai à faire…. Je suis postée derrière un container…. Je vois tout.

J’attends que mesdames sortent…. Elles se méfient…. Je peste… La fête se traîne…. Ras le bol des mélodies... Et de ceux qui font du tri…. A quoi bon ces interdits ?

Pour sauver la planète ? Franchement est-ce bien réel ? Avant c’était chouette… Je picorais les restes. Je léchais les assiettes…. Là je n’y ai plus droit….

Les spots (youpi….) commencent à s’éteindre. Elles vont pas tarder à débouler… A trotter à la « queue leu-leu »... Je crève la dalle… Combien vais-je en manger ?

Illustrations et texte de CAMILLE :

Donner un personnage : un musicien de rue

Donner un lieu : une maison close

Donner une ambiance : un froid hivernal

Une interrogation : où suis-je ?

                Sous les fenêtres d’une maison close, dans une vieille rue de Lisbonne, un accordéoniste avait installé ses pénates, ou plutôt sa salle de concert. Les filles de l’établissement trouvaient plaisante la présence de cette ambiance musicale qui meublait la longue attente des visiteurs.

                Elles papotaient sur des sujets les plus divers. Leurs conversations joyeuses et parfois décousues se coloraient souvent d’interrogations. Ainsi, lança l’une d’elles :

– Comment sauver la planète ? 

Bah ! Répondait une autre :

– On s’en fout, mon problème à moi est que, si je voulais aller me promener, je pourrais bien me perdre dans ce vieux quartier d’Alfama !

– Sortir, sortir, s’exclama une troisième, je ne sais même pas où je suis !

Tiens ! Combien vais-je en manger, de ces délicieux gâteaux, dit une petite brune qui venait de les rejoindre.

Une grande blonde à la posture dolente et lascive demanda :

Madame, faut-il y aller ? En montrant du menton un vieux monsieur qui entrait, cache-nez relevé jusqu’aux oreilles et vêtu d’un lourd manteau noir. Dehors, il faisait très froid. Un hochement de tête de Madame, et le couple disparut instantanement dans un escalier dissimulé par une tenture. 

Très près de la fenêtre, une rousse aux yeux verts et aux taches de rousseur très envahissantes écoutait la mélodie jouée à l’extérieur. Elle se disait :

– D’où vient cette musique qui me rappelle mon enfance, très loin d’ici, dans les îles Shetland. Encore haut dans le ciel, le soleil couchant éclairait les toits. Un éclair de lumière reflété par une fenêtre d’en face se projeta sur le bras d’une femme en tenue dépouillée,  étendue sur un sofa, il mit en évidence l’éclat de son lourd bracelet d’apparence dorée. Une fille s’interrogea :

– Mais qu’est-ce qui brille, comme ça ? Ton collier, ta bague, ton bracelet, est-ce bien réel, ça brille trop pour être de vrais bijoux !

Oui, tout cela est-il bien réel ? pensait une Asiatique longiligne, venue de l’autre côté de la terre pour être libre. Car, dans son grand pays lointain, la règle des castes l’enfermait dans une misère sociale intolérable. Pourquoi tant d’interdits qui l’empêchaient de vivre hors de ces contraintes ancestrales. Alors, n’y tenant plus, elle s’embarqua nuitamment sur un cargo qui l’abandonna, quelques semaines plus tard, ici à Lisbonne. 

Malgré le soleil, ce lieu, ces gens, tout était gris, froid, terne ! Elle s’interrogeait :

Comment recréer les couleurs, des couleurs qui chantent dans le cœur, qui nous illuminent à l’intérieur ? Elle n’alla pas plus loin dans ses réflexions, car elle s’endormit, cherchant dans ses rêves une réponse à sa quête de liberté, pour elle, le synonyme du bonheur.

B – Chacun prend dans son texte « A « une bribe de phrase et la donne en tour de table. Nous récoltons ainsi :

    • La mélodie flottait dans l’air tiède du soir

    • Trotter à la queue leu-leu

    • La couleur de l’humanisme dans les cœurs

    • Dans mon bocal de mère

    • Sous les fenêtres d’une maison close

    • Les instruments de musique des wagons à l’arrêt

    • Les fados jaillissaient, nous emportant

    • Grouillant de petits rats

    • Siestes alanguies sous une couette

    • Il faisait jour, j’étais nu(e) sur les draps

Avec toutes ces bribes de phrases, il est demandé d’organiser un texte raccourci, c’est-à-dire sans trop de mots supplémentaires. Tout doit y être incorporé, dans votre ordre.

Marie-Christine a écrit :

Dans mon bocal de mère il faisait jour…

J’étais nue sur les draps, grouillant de petits rats…

Ils trottaient à la queuleuleu,

Sous  les fenêtres de la maison close…

Tout près des wagons à l’arrêt…

Sans humanisme dans les cœurs…

Pour des siestes alanguies, sous des couettes de couleur

Une mélodie flottait dans l’air tiède du soir….

Les fados jaillissaient des instruments de musique…..

Pour nous emporter….

et Sylviane :

Dans mon bocal de mère

grouillant de petits rats,

je les voyais trotter à la queue leu-leu.
La mélodie de la gare

flottait dans l’air tiède du soir

et les instruments de musique

des wagons à l’arrêt jouaient, jouaient.
Les fados jaillissaient,

nous emportant dans l’Alfama.

Et moi, dans mon bocal de mère,

j’avais recrée l’humanisme dans le cœur,

entre deux siestes alanguies sous la couette.

Il faisait jour,

j’étais maintenant nue sur les draps,

seule dans mon bocal de mère

sous les fenêtres de la maison close.

Alors les petits rats, à la queue leu-leu…